Pêcher

2 juin 2010

Dans les contes, les légendes, les mythes – pensons à L’Odyssée – la navigation du héros en surface signifie qu’il est exposé aux dangers de la vie, ce que le mythe symbolise par les monstres qui surgissent des profondeurs, la région sous-marine devient ainsi symbole de l’inconscient.

L’eau est le symbole des énergies inconscientes, des substances informes de l’âme, des motivations secrètes et inconnues. Il arrive assez souvent dans les rêves que l’on soit assis en train de pêcher. L’eau, symbole de l’esprit encore inconscient, renferme les contenus de l’âme que le pêcheur s’efforce de ramener à la surface et qui doivent le nourrir. Le poisson est un animal psychique.

Pêcher au sens psychanalytique, c’est aussi procéder à une sorte d’anamnèse, extraire des éléments de l’inconscient, non point par une exploration directive et rationnelle, mais en laissant jouer les forces spontanées et en cueillant les résultats fortuits.

Référence : Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982

Images en vrac

2 juin 2010

L’eau est une flamme mouillée (Novalis)

J’aime bien cette image.

Et celle-ci aussi :

Nous sommes fait d’argile et de larmes. (L-Milosz)

Et peut-être :

Tout ce que le cœur désire peut toujours se réduire à la figure de l’eau. (Claudel)

Référence : Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, Librairie José Corti, Paris, 1942.

L’eau et notre reflet

31 mai 2010

« L’être humain s’inscrit donc bien dans la très longue histoire de la vie sur terre. Mais en même temps, il s’en distingue, dans la mesure où il passe de la spécialisation du corps à l’ouverture sur la culture. Son rapport à l’environnement et à l’histoire de la vie n’est pas extérieure à cette dernière : s’il y a vie humaine, c’est parce qu’il y a un lien continu entre la première cellule vivante, apparue il y a 3,5 milliards d’années, et les humains d’aujourd’hui. L’histoire de la vie constitue en un sens l’archéologie de notre corps, et ce corps est une sorte de microcosme de toute l’évolution de la vie. Il y a de l’animal et du végétal en nous; il y a en nous une mémoire de 3,5 milliards d’année, mémoire non pas psychologique, mais simplement biologique, voire archéologique.1 »

Lorsque l’on creuse notre lien intime avec l’eau, donc avec le milieu de l’apparition de la vie, la condition de la vie, on creuse dans les traces que portent notre corps. Nous partons à la redécouverte des traces de notre Éden, au sens de l’origine de la vie.

« C’est à mon sens ce très long héritage qui fonde la richesse symbolique du monde qui nous entoure. Nous avons des complicités cosmiques avec l’eau, l’air, le feu, la lumière, les étoiles, le vent, le rocher, l’herbe, l’arbre, le poisson, le loup, l’aigle ou la tourterelle.1 »

Nous sommes l’eau comme l’eau est notre reflet.

1. Référence : André Beauchamp, L’eau et la terre me parlent d’ailleurs, Novalis, Montréal, 2009

La mort fleurie

28 mai 2010

On reconnaîtra dans l’eau, dans la substance de l’eau, un type d’intimité. L’eau est aussi un type de destin, non plus seulement le vain destin des images fuyantes, le vain destin d’un rêve qui ne s’achève pas, mais un destin essentiel qui métamorphose sans cesse la substance de l’être.

On ne se baigne pas deux fois dans un même fleuve, parce que, déjà, dans sa profondeur, l’être humain a le destin de l’eau qui coule. L’eau est vraiment l’élément transitoire.

L’être voué à l’eau est un être en vertige. Il meurt à chaque minute, sans cesse quelque chose de sa substance d’écroule. La mort quotidienne est la mort de l’eau. L’eau coule toujours, l’eau tombe toujours, elle finit toujours en sa mort horizontale.

La peine de l’eau est infinie.

Elle est mélancolie fait matière. Avec comme quintessence de la mort fleurie, la mort d’Ophélie dans Hamlet.

La Reine

Un saule croît qui penche au-dessus d’un ruisseau
Et mire dans les eaux ses feuilles argentées
C’est là qu’elle s’en vint sous de folles guirlandes,
Pâquerette, coucou, ortie et cette fleur
Qui dans le franc parler de nos bergers reçoit
Un nom grossier, mais que nos pudiques fillettes
Nomment patte de loup. Là, elle s’agrippait
En voulant accrocher aux branches retombantes
Sa couronne de fleurs, quand un méchant rameau
Casse et la précipite avec ses gais trophées
Dans le ruisseau pleurant. Sa robe se déploie
Et la soutient sur l’eau telle une sirène;
Elle chantonne alors des bribes de vieux airs,
Comme ne se rendant compte de sa détresse,
Ou comme un être qui se serait trouvé là
Dans son propre élément. Mais ce ne fut pas long.
Ses vêtements enfin, lourds de ce qu’ils ont bu,
Entraînent la pauvrette et son doux chant expire
En un vaseux trépas…

Laertes

Ah! tu n’as que trop d’eau, pauvre Ophélie! Aussi
Je m’interdis les pleurs. Mais on est ainsi fait;
La pudeur a beau dire : il faut que la nature
Suive son cours. Lorsque ces pleurs auront tair,
Ce qui est femme en moi se taira…

L’eau est l’élément de la mort jeune et belle, de la mort fleurie, de la mort sans orgueil ni vengeance, du suicide masochiste. Pleurer ses peines et se noyer dans ses larmes.

« L’eau pleure avec tout le monde. » (Lamartine)

L’eau est mélancolie en matière. L’eau est la matière du désespoir.

L’eau emporte au loin, l’eau passe comme les jours.

L’eau nous perd. Une perte de notre être dans la totale dispersion. L’eau dissout.

Référence : Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, Librairie José Corti, Paris, 1942.

Soyons des signes, soyons des liens

27 mai 2010

« Après la rupture, libératrice peut-être, du lien avec la nature, voici l’heure d’opérer un retour réconciliateur au milieu écologique. Je ne parle pas d’une régression, d’un retour archaïque, mais d’une percée vers une synthèse plus large, plus englobante. L’être humain ne progresse pas en se reniant, mais en assumant et en dépassant ses expériences antérieures. 1 »

À travers notre recherche de fragments d’incarnation de l’eau, c’est un petit pas, si petit, vers une intuition plus large de notre lien avec la nature. D’un lien. Nous sommes liés. Entre humains. Avec les autres animaux. Avec la nature. Tout est une organisation complexe dans laquelle nous vivons et que nous portons en nous.

Une enquête dirigée par Jules Gritti, en 1976, pour le Centre de recherches sur l’information et la communication (CRIC), et destinée à préparer une campagne pour l’épuration et la régénération de l’eau, a révélé la persistance de la symbolique de l’eau chez les habitants des villes et des campagnes. L’eau sale fait horreur, comme puanteur, souillure, maladie, mort : la pollution, c’est le cancer de l’eau. Tous perçoivent l’eau comme l’élément vital primordial : fontaine de vie… pas d’eau.. pas de vie… aussi nécessaire que le soleil… résumé de la vie… Les femmes au-dessus de 25 ans, et surtout les mères, sentent une relation particulière entre la femme et l’eau. L’auteur de l’enquête conclut : une fois de plus nous constatons que des symboles fondamentaux… persistent dans le cœur et l’imaginaire humain, dans la mentalité collective. Une civilisation technicienne et industrielle, par les manques et les pollutions qu’elle suscite, peut aviver le besoin, l’angoisse et l’appétit de signes qui parlent2.

Soyons ces signes qui parlent. Probablement est-ce la meilleure façon d’agir pour nous. Peut-être.

Référence :1. André Beauchamp, L’eau et la terre me parlent d’ailleurs, Novalis, Montréal, 2009

2Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982

L’immersion

25 mai 2010

L’immersion est, lorsqu’on l’analyse, une image de la régression utérine.

Un besoin de détente, de sécurité, de tendresse, de ressourcement, un retour à la matière originelle.

C’est un besoin d’amour.

Nudité(s) – nostalgie

24 mai 2010

La nostalgie éprouvée pour une nudité sans honte, l’idée que ce qui s’est perdu dans le péché est la possibilité d’être nu sans rougir, affleurent à nouveau avec force dans l’Évangile de Thomas : « Les disciples lui demandèrent : “Quand nous seras-tu révélé? quand te verrons-nous?” Jésus répondit : “Quand vous vous déshabillerez sans honte, quand vous enlèverez vos vêtements et que vous les foulerez à vos pieds comme font les enfants, alors vous verrez le fils du dieu vivant et vous n’aurez pas peur.” »

Dans la tradition de la communauté chrétienne des deux premiers siècles, la seule occasion où il était admis qu’on soit nus sans éprouver de honte était le rite du baptême, qui ne concernait pas d’habitude les enfants à peine nés, mais surtout les adultes, et impliquait l’immersion dans l’eau du catéchumène nu en présence des membres de la communauté.

Cyrille de Jérusalem : « À peine entrés, enlevez vos vêtements pour indiquer la déposition du vieil homme et de ses péchés […] Ô merveille! Ils sont nus devant tout le monde et n’éprouvent pas de honte, parce qu’ils sont l’image du protoplaste Adam qui était nu au Paradis et n’en avait pas honte » Les vêtements que celui qui se soumet au baptême foule aux pieds sont les « vêtements de la honte », héritiers des « tuniques de peau » qu’Adam et Ève endossent quand ils sont chassés du paradis, et ce sont ces vêtements qui sont remplacés après le baptême par un vêtement de lin blanc.

Qu’avons-nous pour partir à la recherche d’une pureté de l’eau perdue à jamais? Si seulement cette pureté a déjà existé. Il y a là quelque chose de l’éden perdu. De la nudité perdue. De la honte d’être nu, une fois la connaissance acquise. Maintenant que nous savons l’état de l’eau, nous regrettons une époque révolue que nous souhaiterions faire revivre sans que ce ne soit possible. Nos rites, dont celui du baptême, témoignent de cette perte à retrouver.

Référence : Giorgio Agamben, Nudités, Bibliothèque Rivages, Paris (traduit de l’italien par Martin Rueff)

Nudité(s) – 1.originelle

22 mai 2010

« La nudité, dans notre culture, est inséparable d’une signature théologique. » Sinon, pourquoi des sociétés hors des grandes religions n’accordent pas du tout la même importance au vêtement. À la parure, oui, toujours. Mais pas au vêtement nécessairement. Référons-nous à certaines sociétés traditionnelles. Ou encore, de façon plus populaire, à la série “Rome”, qui décrit avec acuité une société d’avant le christianisme ou l’islam et qui n’a pas été contaminé par le judaïsme.

Revenons un instant à la Bible. Dans la Genèse, après le péché originel, Adam et Ève s’aperçoivent pour la première fois qu’ils étaient nus. » (Genèse 3, 7) « La perception de la nudité est liée à cet acte spirituel que l’Écriture sacrée définit comme “l’ouverture des yeux”. La nudité est quelque chose qu’on aperçoit, tandis que l’absence de vêtements passe inaperçue. » Avant, ce n’est pas qu’ils n’étaient pas nus, c’est que leur nudité était recouverte d’un vêtement de grâce, de lumière.

Adam et Ève se firent donc des habits dans des feuilles de figuier jusqu’à ce que Yahvé leur impose des habits de peaux. « Selon une ancienne tradition, déjà attestée chez saint Nilus, Théodoret de Cyr et Jérôme, les pelisses sont un symbole de mort; et c’est pourquoi après le baptême, on les dépose et les remplace par un vêtement de lin blanc. »

Et que découvre-t-on quand on découvre qu’on est nu? Rien d’autre que la nudité. Que la première connaissance soit privée de contenu peut en effet signifier qu’elle n’est pas connaissance de quelque chose, mais connaissance d’une pure connaissabilité; qu’en connaissant la nudité, on ne connaît pas un objet, mais seulement une possibilité de connaître.

Derrière les prétendus vêtements de grâce, il n’y a rien; or rien n’avoir derrière soi, être visibilité pure et présence : telle est la nudité. Et voir un corps nu signifie en percevoir la pure connaissabilité au-delà de tout secret, au-delà ou en deçà de ses prédicats objectifs.

La nudité humaine est ce qui reste quand on enlève son voile à la beauté.

Cette simple demeure de l’apparence dans l’absence de secret, la nudité qui, comme une voix blanche, ne signifie rien et nous transperce précisément pour cette raison.

Référence : Giorgio Agamben, Nudités, Bibliothèque Rivages, Paris (traduit de l’italien par Martin Rueff)

De l’originalité et du lieu commun

21 mai 2010

L’eau est la vie. Elle est le bouillon de culture de nos origines, l’appareil circulatoire du monde. L’eau constitue les deux tiers de notre corps, comme de la carte du monde; et nos fluides vitaux sont salés à l’instar des océans.
Nous avons établi nos civilisations sur les côtes et les rives des grands fleuves.
Notre peur la plus viscérale est de manquer d’eau – ou d’être noyés.
(National Geographic)
Tout ça est bien évident. Bien vrai aussi.
“Pas de progrès en art, mais une histoire. Il ne s’agit pas de refaire ce qui a été fait, ni d’aller « plus loin ». Il s’agit d’être vrai, authentique, sincère. La beauté viendra, si elle vient, par surcroît.
Nous sommes les contemporains de l’éternel.”
- André Comte-Sponville, Du corps, Presse universitaire de France, Paris, 2009

Opposition

21 mai 2010

L’eau contient tout. Le début et la fin. La naissance et la mort. La création et la destruction.

Nous portons tout. Le bien et le mal. La création et la destruction.


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